Ablation du Wolff-Parkinson-White : risque de pacemaker ?
« Si vous brûlez ce faisceau, est-ce que je risque de me retrouver avec un pacemaker ? » C’est une question que les patients posent souvent avant une ablation de syndrome de Wolff-Parkinson-White. Elle est légitime, et la réponse mérite d’être précise.
Oui, ce risque de pacemaker existe. Mais il est rare, il est anticipé, et il dépend étroitement d’un élément : l’endroit exact où se situe le faisceau anormal. Le Dr Pierre Jorrot l’explique dans la vidéo, et nous détaillons ensuite.
Pourquoi cette question se pose-t-elle ?
Dans le syndrome de Wolff-Parkinson-White, il existe un circuit électrique en trop entre les oreillettes et les ventricules : le faisceau de Kent. L’ablation consiste à le neutraliser.
Or, le cœur possède aussi une voie de conduction normale et indispensable, le nœud auriculo-ventriculaire. Si le faisceau de Kent se trouve juste à côté, traiter l’un expose théoriquement à endommager l’autre — ce qui provoquerait un bloc auriculo-ventriculaire, et donc la nécessité d’un pacemaker.
Tout dépend de la localisation du faisceau
C’est le point clé, et il est rassurant : la majorité des faisceaux de Kent ne sont pas situés près du nœud auriculo-ventriculaire. Lorsqu’ils sont latéraux, à distance de la voie normale, le risque de bloc est essentiellement nul.
Seule une minorité de faisceaux, dits septaux ou para-hisiens, siège au contact de la conduction normale. C’est uniquement dans ces positions que la question se pose réellement.
Le risque est évalué avant de traiter
Contrairement à ce que l’on imagine, le rythmologue ne « découvre » pas la position du faisceau en cours de route. L’exploration électrophysiologique et la cartographie du cœur permettent de le localiser précisément avant de délivrer la moindre énergie.
Si la cartographie montre un faisceau à distance du nœud, l’ablation est réalisée sans difficulté particulière. Si elle montre une position à risque, la stratégie est adaptée — ou l’indication rediscutée avec vous.
Comment le risque est réduit
Plusieurs précautions encadrent les positions délicates :
- La cryoablation (par le froid) est souvent privilégiée : elle permet un test réversible. On refroidit d’abord la zone sans la léser définitivement ; si la conduction normale reste intacte, on poursuit. Sinon, on arrête, et l’effet disparaît.
- La conduction normale est surveillée en continu pendant toute la procédure.
- L’énergie est délivrée par courtes applications, avec contrôle après chacune.
Nous comparons les deux énergies dans notre article froid ou chaud.
Et si un bloc survient malgré tout ?
C’est une éventualité rare. Un bloc peut être transitoire et régresser spontanément dans les heures ou les jours qui suivent. S’il est définitif, l’implantation d’un pacemaker est alors indiquée pour rétablir une conduction fiable.
Cette éventualité, comme les autres risques de l’intervention, figure explicitement dans l’information qui vous est remise avant de donner votre consentement.
Faut-il renoncer à l’ablation pour autant ?
La décision se prend en mettant en balance deux choses : ce risque, faible et anticipé, et le risque du syndrome de Wolff-Parkinson-White lui-même — qui, bien que rare, peut exposer à un trouble du rythme grave, en particulier chez le sujet jeune et sportif.
Pour la plupart des patients symptomatiques, l’ablation reste le traitement de référence, avec d’excellents résultats. Le rythmologue vous précise le risque propre à votre localisation, une fois la cartographie réalisée. L’ensemble de la maladie est décrit sur notre page dédiée au syndrome de Wolff-Parkinson-White.
À retenir
- Le risque de pacemaker après ablation d’un Wolff-Parkinson-White existe, mais il est rare.
- Il ne concerne que les faisceaux de Kent situés près de la conduction normale (positions septales ou para-hisiennes).
- La cartographie localise le faisceau avant toute énergie délivrée : le risque est anticipé, pas découvert.
- Dans les positions délicates, la cryoablation permet un test réversible avant toute lésion définitive.
Questions fréquentes
L’ablation d’un Wolff-Parkinson-White peut-elle rendre un pacemaker nécessaire ?
C’est possible mais rare. Le risque concerne uniquement les faisceaux situés au contact de la conduction normale du cœur. Dans la majorité des cas, le faisceau est à distance et ce risque est essentiellement nul.
Comment sait-on si mon faisceau est à risque ?
Grâce à la cartographie réalisée pendant l’exploration électrophysiologique. Elle localise précisément le faisceau avant que la moindre énergie ne soit délivrée. Le rythmologue peut alors vous préciser le risque propre à votre situation.
Pourquoi utilise-t-on le froid dans certains cas ?
Parce que la cryoablation permet un test réversible : on refroidit la zone sans la léser définitivement pour vérifier que la conduction normale n’est pas affectée. Si elle l’est, on interrompt, et l’effet disparaît. C’est une sécurité précieuse dans les positions délicates.
Un bloc auriculo-ventriculaire est-il toujours définitif ?
Non. Il peut être transitoire et régresser spontanément dans les heures ou les jours qui suivent. Seul un bloc qui persiste conduit à proposer un pacemaker.
Information médicale importante
Les informations présentées ont une vocation pédagogique et ne remplacent pas une évaluation médicale individuelle. Les indications, modalités et risques d’une ablation, ainsi que le risque propre à votre situation, ne peuvent être déterminés que par votre médecin après un bilan complet. En cas de palpitations mal tolérées, de malaise ou de perte de connaissance, composez immédiatement le 15.
À propos de l’auteur
Le Dr Pierre Jorrot est rythmologue au sein de l’équipe Rythmopôle Paris, centre spécialisé en rythmologie cardiaque, exerçant au Cardiopôle Peupliers-Trubert (75013) et au Cardiopôle Yvart (75015). Préparer sa consultation de rythmologie →
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