Arythmie : je veux guérir. En un jour, c’est possible ?
« Arythmie » est un terme générique : il désigne tout trouble du rythme cardiaque, lorsque le cœur bat trop vite, trop lentement ou de façon irrégulière. Dans le langage courant, il renvoie le plus souvent à la fibrillation atriale (ou auriculaire), la plus fréquente : elle touche près de 700 000 personnes en France, avec plus de 230 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année (1-4). Mais le mot recouvre aussi le flutter, les tachycardies, les extrasystoles et les troubles de la conduction.
La fibrillation atriale est un trouble du rythme qui affecte les oreillettes du cœur et les fait battre de façon anarchique et rapide. Les oreillettes étant le chef d’orchestre du rythme cardiaque, on comprend pourquoi celui-ci devient alors totalement désorganisé. Cette arythmie figure parmi les premières causes d’accident vasculaire cérébral (AVC) et d’insuffisance cardiaque, ce qui en fait un enjeu de santé publique majeur (5).
La question que se posent la plupart des patients est simple : peut-on soigner une arythmie, et même en guérir ? La réponse dépend du type d’arythmie — et, pour certaines, elle est oui, parfois en une seule intervention réalisée en une journée.
Peut-on guérir d’une arythmie cardiaque ?
Oui, certaines arythmies peuvent être guéries, d’autres se contrôlent durablement. Tout dépend du mécanisme en cause. Une fibrillation atriale, un flutter ou une tachycardie liée à un circuit électrique anormal peuvent souvent être supprimés par une ablation, avec un taux de succès élevé. D’autres troubles du rythme se traitent sans disparaître complètement : une hygiène de vie adaptée et des médicaments permettent alors de ramener et de maintenir un rythme normal.
Soigner une arythmie repose donc sur trois leviers complémentaires : corriger les facteurs déclenchants, les médicaments et l’ablation. C’est leur combinaison, adaptée à chaque patient, qui donne les meilleurs résultats.
Les traitements de l’arythmie cardiaque
Agir sur l’hygiène de vie et les facteurs déclenchants
C’est la première étape, souvent sous-estimée : réduire ce qui déclenche ou entretient l’arythmie. Le contrôle de l’hypertension artérielle, la perte de poids, la limitation de l’alcool, le dépistage d’une apnée du sommeil, la réduction des excitants (caféine, boissons énergisantes) et l’arrêt du tabac diminuent réellement la charge en arythmie. Pour la fibrillation atriale, nous détaillons ces mesures dans notre guide pratique : les 5 conseils à suivre au quotidien.
Les médicaments : anti-arythmiques et anticoagulants
Deux familles de médicaments interviennent. Les anti-arythmiques empêchent le cœur de partir en arythmie ou ralentissent sa cadence lorsqu’elle s’emballe. L’anticoagulant, lui, ne traite pas l’arythmie elle-même : il protège du risque d’AVC qu’elle fait courir, en particulier dans la fibrillation atriale. Ces traitements sont efficaces, mais parfois mal tolérés ou insuffisants. C’est alors que l’ablation prend tout son sens.
La cardioversion (choc électrique)
Quand le cœur reste bloqué en arythmie, on peut le « remettre à l’heure » par une cardioversion électrique : un choc électrique externe bref, réalisé sous une courte anesthésie, qui restaure un rythme normal. Elle traite efficacement la crise, mais ne prévient pas toujours la récidive — d’où l’intérêt des autres traitements en complément.
L’ablation : faire disparaître l’arythmie
Pour supprimer durablement l’arythmie, deux solutions existent : les médicaments, vus plus haut, et les techniques d’ablation. Aujourd’hui, la fibrillation atriale est bien mieux connue et sa prise en charge est parfaitement codifiée. Inventée il y a une vingtaine d’années par des équipes françaises, la technique d’ablation s’est métamorphosée au cours des dernières années, avec un taux de succès supérieur à 80 % et un risque de complications très faible (6-7).
L’ablation consiste à repérer précisément les zones du cœur responsables du trouble du rythme, puis à les neutraliser par une sorte de cautérisation. C’est, à ce jour, le seul traitement capable de faire réellement disparaître certaines arythmies.

La révolution de l’ambulatoire à l’Institut Mutualiste Montsouris
L’ablation est désormais réalisée « en routine » de façon ambulatoire à l’Institut Mutualiste Montsouris : le patient arrive le matin à jeun vers 7h30 et est accueilli dans sa chambre par l’équipe soignante. Il se change en tenue de bloc et rejoint, en marchant, la salle d’examen.
L’intervention, réalisée sous anesthésie générale dans les centres qui le permettent, dure environ une heure. Aucune incision n’est faite : une simple piqûre est réalisée au niveau d’une veine, au pli de la cuisse, par laquelle chemine le cathéter (la sonde). Une reconstruction en 3D du cœur est réalisée en quelques minutes, intégrant les zones d’anomalies électriques responsables du trouble du rythme. On procède alors à l’ablation : la sonde brûle les zones malades, réalisant une sorte de cautérisation, en une trentaine de minutes. Tout le matériel est ensuite retiré et un pansement compressif est posé sur le point de ponction.
Les patients éligibles à l’ablation de fibrillation auriculaire en ambulatoire représentent environ la moitié des patients traités. Innover n’est pas toujours une course vers des techniques compliquées : l’ablation en ambulatoire diminue le stress du patient, préserve les lits d’hospitalisation pour ceux qui en ont besoin, et permet de traiter davantage de patients dans des délais acceptables. En réduisant l’anxiété liée à l’environnement hospitalier, elle laisse souvent un meilleur souvenir de l’intervention.
Après l’ablation : convalescence et reprise
Après 30 minutes en salle de réveil, le patient regagne sa chambre, peut se lever au bout de 6 heures, puis rentrer chez lui avec un accompagnant. Des consignes détaillées lui sont remises, et une infirmière du service l’appelle dès le lendemain pour prendre de ses nouvelles. Un arrêt de travail de quelques jours est prescrit ; on recommande d’éviter les efforts importants, avec une reprise du sport possible dès le 7e jour.
Une fatigue passagère ou quelques palpitations dans les semaines qui suivent l’intervention sont fréquentes et ne signent pas un échec : nous l’expliquons en détail dans notre article fatigue après une ablation cardiaque.
Vivre avec une arythmie cardiaque
Bien prise en charge, une arythmie n’empêche pas une vie normale et active. L’enjeu est double : prévenir les complications — AVC, insuffisance cardiaque — grâce au traitement adapté, et limiter la gêne au quotidien. Un suivi régulier en rythmologie permet d’ajuster le traitement, de vérifier l’efficacité de l’ablation et de répondre aux questions qui apparaissent avec le temps. La grande majorité des patients retrouvent une qualité de vie normale.

Questions fréquentes
Peut-on guérir définitivement d’une arythmie ?
Cela dépend du type d’arythmie. L’ablation guérit souvent les fibrillations atriales, les flutters et les tachycardies liées à un circuit électrique anormal. D’autres troubles se contrôlent durablement par les médicaments et l’hygiène de vie, sans toujours disparaître complètement.
Comment soigner une arythmie naturellement ?
Il n’existe pas de remède « naturel » capable de supprimer une arythmie. En revanche, agir sur l’hygiène de vie — poids, alcool, sommeil, tension artérielle, excitants — réduit réellement la fréquence des épisodes et renforce l’efficacité des traitements.
L’opération (ablation) est-elle risquée ?
L’ablation affiche un taux de succès supérieur à 80 % et un risque de complications faible. Elle est le plus souvent réalisée en ambulatoire, en une journée, sans incision.
Combien de temps dure une crise d’arythmie ?
C’est très variable : de quelques minutes à plusieurs jours. Une crise qui se prolonge, ou qui s’accompagne d’un malaise, d’un essoufflement ou d’une douleur thoracique, impose un avis médical rapide.
Références
- Global Burden of Disease Collaborative Network (2016) Global Burden of Disease Study 2016 (GBD 2016) Results. Seattle, United States: Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), 2017. Accessed 2018-04-20. Available from http://ghdx.healthdata.org/gbd-results-tool.
- Guide parcours de soin de la HAS – Fibrillation atriale (février 2014) 110338-190326.
- Insee, estimations de populations. Évolution de la population, bilan démographique 2018 – Tableaux rétrospectifs – Insee ; 15 janvier 2019 ; 17 juillet 2019.
- A. Charlemagne et al. : Epidemiology of atrial fibrillation in France: Extrapolation of international epidemiological data to France and analysis of French hospitalization data. Archives of Cardiovascular Disease (2011) 104, 115—124.
- Kirchhof P, Benussi S, Kotecha D, Ahlsson A, Atar D et al. (2016) 2016 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation developed in collaboration with EACTS. Eur Heart J 37 (38): 2893-2962.
- Wynn GJ, Das M, Bonnett LJ, Panikker S, Wong T, Gupta D. Efficacy of catheter ablation for persistent atrial fibrillation: a systematic review and meta-analysis. Circ Arrhythm Electrophysiol 2014;7:841–852.
- Amit G, Nyong J, Morillo CA, et al. Efficacy and safety of ablation for patients with non-paroxysmal atrial fibrillation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2016; 8: CD012088.
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